Nicolas Titeux

Ingénieur du son | Sound designer
Compositeur

12 sons qu’on croit connaitre

par | 12 mai 2020

Tout au long de notre vie, le cinéma, la télévision et les jeux vidéos nous donnent à entendre des milliers d’effets sonores. Au point que certains sons que nous n’avons jamais entendu dans la réalité nous sont devenus familiers. Voici un tour d’horizon de ces sons qu’on croit connaitre.

Les sons violents

punch sound

Les coups de poing

 
C’est un des effets sonores les plus courants du cinéma. Dans la réalité, le son effectif d’un coup de poing ou d’une gifle est assez faible et inexpressif. Dans les films, on utilise souvent des bruitages très exagérés pour le spectacle.

Dans le film Fight Club de David Fincher, les coups de poing sont sonorisés de manière assez réaliste. L’effet n’est pas exceptionnel au premier abord, mais cela provoque un certain malaise et paradoxalement une sensation de violence plus forte. Ici, l’émotion sonore n’est pas proportionnelle au volume.

Les armes à feu

 
En temps de paix, nous n’entendons pas beaucoup de fusillades dans notre vie quotidienne. Pourtant les coups de feu sont fréquents au cinéma et même inévitables dans les westerns, les thrillers, les films d’aventures et les films d’action. Leurs sons à l’écran sont assez différents de la réalité, notamment pour des raisons physiques. Mais ce sera l’objet d’un prochain article.

Les os qui se cassent

 
Qui n’a jamais entendu le son d’un os, ou pire, d’une nuque qui se brise ? En fait, vous avez probablement entendu une branche de céleri. Les victimes de fractures décrivent le son comme très fort et très court, ce que le cinéma retranscrit assez mal. Dans les films, les bruiteurs torturent plutôt des légumes ou de la salade pour imiter les bris d’os. Cela donne des sons organiques plus complexes et plus évocateurs que la réalité.

Les animaux

L’aigle

 
Le cri de l’aigle est un son très utilisé à l’écran pour faire ressentir au spectateur l’immensité d’un lieu, souvent désertique. Le film Le masque de Zorro en compte un nombre record. Voici le son en question.

Évocateur n’est-ce pas ? Seulement voilà, ce cri n’est pas du tout celui d’un aigle. Il appartient à un autre rapace, beaucoup plus petit : la buse à queue rouge. Le cri des aigles est beaucoup moins expressif que l’on imagine, c’est pourquoi il est devenu presque conventionnel de le remplacer par celui de la buse quand on monte le son d’un film. Voici le vrai cri d’un aigle royal que j’ai enregistré auprès d’un fauconnier (voir aussi enregistrer les animaux). Personnellement, il me rappelle plutôt une mouette.

Les serpents

 
La langue fourchue (ou bifide) des serpents leur permet de localiser les odeurs… de manière parfaitement silencieuse. Dans toutes les histoires, le serpent constitue un danger ou incarne un traitre. C’est pourquoi on lui assigne souvent un son de sifflement inquiétant. Dans la nature, la plupart des serpents sont capables de siffler, mais uniquement quand ils se sentent menacés ou pour impressionner leurs ennemis.

Les rongeurs et les chauves-souris

 
Les rats, les souris et les chauves-souris communiquent essentiellement dans des fréquences inaudibles pour l’homme (les ultrasons). Et comme les serpents, leur rôle dans les films est souvent associé à la peur. On leur assigne donc des cris et des couinements effrayants fabriqués de toutes pièces. On utilise donc le son comme vecteur d’émotion.

Il existe plusieurs recettes pour fabriquer ces sons : faire crisser des petits morceaux de polystyrène contre une vitre ou encore, comme le célèbre sound designer Ben Burt dans Indiana Jones et la dernière croisade, accélérer des cris de poulets.

Les asticots qui grouillent

 
Si vous jetez une oreille attentive dans un bac à compost, vous entendrez peut-être l’activité des vers, larves et insectes qui y habitent. Mais ce son est vraiment très faible, rien à voir celui des vers et asticots grouillants qu’on voit à l’écran. Là encore, c’est l’imagination des bruiteurs qui opère. Des pâtes trop cuites, du shampoing ou de la salive, tout est permis pour créer les sons qui dégouteront les spectateurs.

 

Les sons qui appartiennent au passé

Les dinosaures

 
Il y a beaucoup d’incertitudes autour des dinosaures, et aucun moyen de connaitre les cris qu’ils émettaient. Leur rôle de monstre à l’écran pousse les sounds designers a s’inspirer des grands prédateurs d’aujourd’hui, qui sont surtout des mammifères ou des reptiles. Or, de récentes découvertes scientifiques montrent que les dinosaures étaient couverts de plumes et qu’il sont probablement les ancêtres des oiseaux et non des crocodiles. On peut donc légitiment supposer que leurs cris ressemblaient à davantage à des cris de dindons ou des gazouillis qu’aux rugissements de Jurassic Park.

Les épées

 
De nos jours, on n’a pas souvent l’occasion de croiser le fer avec un adversaire. Nous avons des exemples de sons métalliques dans la vie quotidienne, mais c’est surtout le cinéma et les centaines de films de “cape et d’épée” qui nous ont inculqué la représentation de ses sons, grâce au talent des bruiteurs cinéma.

Le train à vapeur

 
Si vous demandez à un enfant “Quel bruit fait un train ?”, il vous répondra certainement “tchou tchou”. Cette onomatopée correspond au son d’une locomotive à vapeur, dont la dernière en service en France a cessé de fonctionner dans les années 1970. C’est un son qui demeure très connu et très représentatif, même s’il est totalement différent de celui des trains modernes, sans doute grâce au cinéma.
 

Les sons exotiques

La jungle

 
Les jungles, ou par extension les forêts tropicales, sont présentes tout autour du globe. Ces régions sont les plus riches du monde en biodiversité et par conséquent en sons. Bien que nous ayons une représentation mentale d’un son de jungle foisonnant, nous ne pouvons pas imaginer l’infinité de paysages sonores que génère la forêt tropicale. Un même lieu change même d’atmosphère tout au long de la journée.

Mon ami Jean-Christophe Gadrat s’est rendu dans la forêt de Bornéo pour rechercher des produits rares pour sa société. Il en a profité pour m’enregistrer une série d’ambiances sonores. Voici plusieurs prises d’un même lieu à différents moments de la journée. Difficile à croire.

Le vent polaire

 
Nous ne sommes pas nombreux à avoir voyagé dans les régions polaires. Pourtant, nous reconnaissons facilement le sifflement caractéristique du vent froid qui ne rencontre pas d’obstacles. C’est un son assez pur, qu’on peut facilement imiter à la bouche ou avec des synthétiseurs, qui crée immédiatement une sensation de froid, grâce à notre imaginaire sonore. Voici un son de vent glacial fabriqué de toutes pièces, certainement différent de la réalité, que j’ai créé pour le film Settling.

Je remercie Rémi Adjiman, directeur du département Satis d’Aix-Marseille Université, pour l’idée du sujet et sa contribution à cet article.