Nicolas Titeux

Ingénieur du son | Sound designer
Compositeur

La restauration sonore : réparer les défauts du son

par | Déc 4, 2020

Lorsque une prise de son ou un enregistrement sont dégradés, il est possible d’en restaurer les propriétés acoustiques originales. On appelle cette opération restauration sonore, nettoyage audio ou encore réparation audio. On utilise la restauration sonore pour redonner ses lettres de noblesse à un vieil enregistrement sur cassette, bande magnétique ou vinyle. Mais c’est surtout dans le domaine de la post-production sonore qu’elle est aujourd’hui indispensable. Voyons en détail quels sont les possibilités apportées par la restauration sonore.

sound repair

Les outils de la restauration sonore

Pour en savoir plus sur les différents défauts du son, vous pouvez consulter l’article : les 10 défauts principaux du son.

1 L’égaliseur : corriger les défauts spectraux

 
L’égaliseur ou EQ est l’outil n°1 en post-production sonore. En mixage, en sound design, en mastering et en restauration sonore, c’est un peu le couteau-suisse de l’ingénieur du son. Il permet d’atténuer ou d’amplifier les différentes fréquences qui composent un son. En réparation sonore, on l’utilise surtout de manière soustractive, c’est-à-dire pour enlever des fréquence gênantes. On peut ainsi atténuer les sons tonals, avec des harmoniques marquées comme les buzzs, les bruits de néons, les bruits électroniques, les sifflements, etc.

Egaliseur restauration sonore

2 Le denoiser : réduire le bruit de fond

 
Le denoiser (dé-bruiteur ou réducteur de bruit) est un algorithme qui sépare le signal utile du bruit de fond pour atténuer ce dernier. C’est un outil qui a énormément évolué depuis une vingtaine d’années. Aujourd’hui, les denoisers tels que Cedar, X-Noise ou Izotope RX offrent des résultats spectaculaires sur le souffle et différents bruits de fond, à condition d’être entre des oreilles expertes. Mal utilisés, ils génèrent des artefacts qui sont souvent un remède pire que le mal.

3 Supprimer la réverbération

 
Du fait de la popularisation du matériel de prise de son, la réverbération parasite est devenue un problème fréquent. C’est un défaut qu’un ingénieur du son ne laisse jamais passer.
 
En post-production, supprimer la réverbération est un véritable casse-tête. En effet, la réverbération est la répétition d’un même son par réflexion acoustique. Il est donc très difficile pour un humain ou pour un algorithme de séparer le champs direct du champs réverbéré.
Il existe plusieurs outils basés sur le principe du denoiser qui donnent toutefois des résultats corrects, à condition d’être finement ajustés.

empty room reverberation

4 La porte de bruit

 
La porte de bruit ou noise gate est un outil basique, que l’on utilise pour supprimer le bruit de fond. C’est un effet de traitement de dynamique qui supprime les sons parasites en dessous d’un certain volume, appelé seuil. Tous les sons faibles sont ainsi éliminés : bruits de fond, respirations, etc. Seul problème, l’effet n’agit plus lorsque le signal ré-apparait.

5 La restauration manuelle

 
Il est possible de restaurer manuellement le son en utilisant un éditeur sous forme de spectrogramme. À la manière d’un graphiste dans Photoshop, l’ingénieur du son peut gommer, recopier ou coller des petites zones temporelles et fréquentielles de son pour supprimer certains défauts ponctuels. Cette méthode est fastidieuse mais donne de très bons résultats.
 

restauration manuelle izotope RX

Les limites de la restauration sonore

 

La qualité de la prise de son

 
La qualité d’une prise de son est primordiale et rien ne remplace un bon microphone judicieusement placé. Connaitre la post-production et la restauration sonore permet aux ingénieurs du son de tournage de mieux anticiper les problèmes sur le plateau.
 
Par exemple, il m’est arrivé de travailler comme ingénieur du son sur un tournage de publicité dans un grand local presque vide. Dans ce local, l’équipe décoration avait construit plusieurs petits décors : un bureau, une chambre, etc. Mais l’acoustique du lieu, très réverbérante, ne correspondait pas à ces décors. Le budget ne permettant pas d’envisager une post-synchronisation, j’ai utilisé des micros directifs placés au plus près des comédiens et des micros HF, pour privilégier au maximum le son direct. Le chef opérateur accepta même de laisser entrer le micro dans le champ et de le gommer en post-production.

Cela m’a permis de nettoyer ce qu’il restait de réverbération en post-production pour la remplacer par une acoustique artificielle adaptée aux lieux supposés de l’image. Cette opération subtile aurait été impossible si la prise de son n’avait pas été soignée, la restauration aurait seulement servi à sauver la compréhension du texte et non à recréer une acoustique cohérente avec l’image.

Le mythe de la post-production sonore

 
Il existe une croyance assez répandue qui veut que l’on puisse plus facilement réparer le son qu’une image par exemple. On entend parfois dire : “on verra ça au mixage”. La restauration sonore est très fastidieuse, tout comme la retouche photo, le trucage vidéo ou la restauration en architecture. C’est rarement un bon calcul financier de bâcler un enregistrement en espérant le restaurer ensuite.
 
Pourtant, je reçois souvent des demandes de réparation de prises de son qui ne présentent pas difficulté au tournage. Dans ce cas, je conseille toujours, en première intention, de refaire la prise.

Restaurer avec parcimonie et savoir-faire

 
La balance bénéfice-perte est cruciale en réparation audio. Si les outils de restauration sont aujourd’hui relativement accessibles au grand public, leur utilisation requiert de l’expérience et une oreille experte pour juger de la pertinence d’un traitement audio. Les artefacts induis par les algorithmes de restauration sont destructeurs et surtout très peu naturels. Parmi eux : pompage, chuintement, grésillement, “assèchement” du son, perte d’intelligibilité, bruit…
 
Les dégâts d’une restauration ratée sont souvent bien pires que le problème lui-même.

restauration sonore ratée
restauration ratée 2
Photos by Ingo Ellerbusch & Marc-Olivier Jodoin on Unsplash.
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