Nicolas Titeux

Ingénieur du son | Sound designer
Compositeur

Protéger ses micros du vent aux iles Canaries

par | 14 avril 2020

Lors de mon dernier voyage sur l’ile de Fuerteventura, le vent m’a donné du fil à retordre.

Le son des Canaries

 
Qu’y a-t-il à enregistrer à Fuerteventura?

Étrangement, très peu de canaris ! C’est une île assez désertique. On y trouve de nombreuses plages de sable, de rochers et des falaises abruptes. La côte nord de l’ile est exposée aux vents dominants, avec une forte houle, tandis que la côte sud est souvent plus calme.

La pollution sonore liée aux moteurs est presque inexistante, car la densité de population est faible. C’est l’endroit idéal pour enregistrer une grande variété de sons de vagues et des ambiances sonores caractéristiques.

 

Sound recording in Costa Calma
Comme beaucoup d’ingénieurs du son passionnés par leur métier, je ne pars jamais en vacances sans un volumineux matériel de prise de son. Mais pour ce voyage, la place en soute était limitée. Impossible de consacrer une valise entière à mon enregistreur et à mes micros préférés. J’ai donc opté pour un magnétophone portable, le Sony PCM D-100, qui offre une bonne qualité sonore et tient facilement dans la poche.
 
enregistrement mer et ocean

Le vent et les micros

 
En prise de son extérieure, on utilise une cage dans laquelle on enferme le micro. C’est la fameuse “moumoute” dont les gens me demandent souvent à quoi ça sert :  “C’est pour protéger le micro ?” Oui, mais pas de la poussière ni de l’eau (quoique).

C’est une protection contre le vent qu’on appelle blimp, bonnette, deadcat, rycote ou windjammer. Sans elles, les micros modernes, sensibles au moindre courant d’air, produisent un horrible crachement s’ils sont exposés au vent.

Mon enregistreur de voyage possédait bien une bonnette, mais peu performante du fait de sa taille réduite, et petit problème : “Fuerteventura” signifie “Vent fort”.

Comment protéger ses micros du vent ?

 

Enregistrer sur une île très venteuse avec une protection anti-vent peu efficace : tel a été mon défi pendant ces vacances. Voici quelques astuces que j’ai utilisées :

  1. Observer la météo et prévoir de tourner aux moments les plus calmes, comme le matin.
  2. Enregistrer protégé par des abris naturels : dunes, rochers, falaises.
  3. S’abriter avec ce qu’on a sous la main. Tantôt une serviette tenue par un ami dévoué, tantôt une poubelle.
  4. Se tenir dos au vent avec l’enregistreur près du corps, en servant soi-même de coupe-vent.
  5. Placer le micro près du sol, où le vent est plus faible, en prenant garde à ne pas dénaturer le son par filtrage.
  6. Enregistrer une durée plus longue que nécessaire, car malgré ces précautions, beaucoup de prises ont été jetées.
  7. Utiliser en post-production un outil tel que le module Dewind de Izotope RX permet de récupérer certaines prises.

La prochaine fois, j’emporte mon matériel de prise de son habituel en vacances !

 

 

Marée enregistrement
Et que faire en cas de tempête de sable tout droit venue du Sahara ? Surtout laisser l’enregistreur à la maison ! La poussière de sable est ultra fine et pénètre partout. Je connais des photographes dont le sable a détruit l’appareil photo dans le désert !
sand strom while recording in Fuerteventura

Voici un enregistrement de la marée montante, dans un lagon à Costa Calma. Pas de moteurs, pas d’animaux, seulement de l’eau…